Que fait-on avec l'écorce de baobab dans le pays Dogon ?
Que fait-on avec l'écorce de baobab dans le pays Dogon ?
Dialogue d'analyse ethnobotanique et artisanale (Transcription)
Excellente question — car dans le pays dogon, la **fibre d’écorce de baobab** (appelée localement *bôlo*, *bògò* ou *kiboro* selon les dialectes) joue un rôle ancien et très polyvalent, à la fois pratique, symbolique et artistique.
Voici un panorama complet de ses usages 👇
🌳 1. Le baobab, arbre vital du paysage dogon
Le baobab (*Adansonia digitata*) est omniprésent dans les falaises et les plateaux dogon.
Il est considéré comme un **arbre sacré** — symbole de vie, de mémoire et de continuité.
Les Dogon distinguent souvent :
- les baobabs “masculins”, au tronc massif et crevassé ;
- et les baobabs “féminins”, à écorce plus lisse, dont on extrait la fibre plus facilement.
L’arbre sert à tout : ombrage, alimentation (feuilles et fruits), médecine, et bien sûr… **fibre textile**.
🪶 2. Extraction de la fibre
- On n’abat pas le baobab : on prélève soigneusement des bandes d’écorce verticales sur le tronc, puis on laisse l’arbre cicatriser.
- Cette écorce se **régénère naturellement** en quelques années.
- Une fois détachée, l’écorce est trempée dans l’eau, battue, séchée et effilée en longues fibres.
- Les femmes ou les artisans les torsadent ensuite en cordes, ficelles ou tresses.
Cette ressource renouvelable fait du baobab une véritable « usine naturelle à textile ».
🧺 3. Usages traditionnels de la fibre de baobab
**A. Textile et cordage**
- Fabrication de **cordes, filets, liens** pour attacher les gerbes, suspendre les greniers ou construire les toits en *banco*.
- Corde des tentes ou abris temporaires pendant les chasses ou les migrations agricoles.
- Les filets de pêche ou de capture de petits animaux étaient parfois faits en fibre de baobab avant l’introduction du nylon.
**B. Tissage rituel**
- Dans certaines zones du pays dogon, les fibres sont battues et feutrées pour créer des nattes, pagnes grossiers ou **couvertures rituelles**.
- Ces tissus servaient autrefois aux funérailles ou à envelopper les corps des anciens, notamment dans les grottes funéraires (comme celles des Tellem).
Ces **“étoffes d’écorce”** évoquent la peau originelle de la terre — symbole du retour à la nature.
**C. Objets domestiques**
- Paniers, cordages pour les puits, liens de portage, attaches de jarres.
- Garnitures pour calebasses ou anses de seaux en argile.
- Coussins, matelas ou rembourrages légers.
**D. Art et symbolisme**
- Certains masques ou costumes de danse sont ornés de tresses en fibre de baobab, teintes à l’ocre ou au noir de fumée.
- La fibre peut être mélangée à des poils d’animaux ou à du coton pour des textiles hybrides rituels.
- Elle est utilisée dans les effigies d’ancêtres, les liens sacrificiels et les **cordons symboliques** lors d’initiations.
🪔 4. Valeur symbolique et spirituelle
Dans la cosmologie dogon :
- L’écorce de baobab représente la **peau de la terre** et la membrane du monde.
- Extraire la fibre, c’est participer à un acte de création : séparer, tresser, unir — les mêmes gestes qu’Amma, le dieu créateur, aurait accomplis pour structurer l’univers.
- Elle est parfois associée à la protection : certaines amulettes ou enveloppes rituelles sont liées par des cordes de baobab pour **« retenir la vie »**.
🧶 5. Aujourd’hui
- Beaucoup de ces usages persistent dans les villages éloignés, surtout pour les cordages et objets agricoles.
- Dans les zones touristiques (Sangha, Ireli, Tireli), les artisans et artisanes créent aussi des **objets décoratifs** : sacs, paniers, bijoux ou tableaux en fibres de baobab.
- Certaines coopératives, soutenues par des ONG, valorisent cette ressource comme alternative écologique au plastique ou au coton importé.