et une description d'agadez par barth
La description d'Agadez par Heinrich Barth (1850)
Dialogue d'exploration et d'histoire (Transcription)
Excellente question — et beaucoup plus rare !
Oui, **Heinrich Barth** a laissé une description détaillée d’Agadez, qu’il visita en **1850–1851**, lors de sa grande expédition au Sahara et au Sahel (mission britannique de Richardson).
Sa relation figure dans :
**Heinrich Barth – *Travels and Discoveries in North and Central Africa***
(vol. I, 1857, chapitres XVI à XVIII)
Ce passage est fondamental : Barth fut le premier Européen à atteindre Agadez après Léon l’Africain, et le premier à en donner une description directe, précise et scientifique.
📖 Heinrich Barth — Voyage et découvertes dans l’Afrique septentrionale et centrale
(traduction française, Paris, Hachette, 1858, tome I, chap. XVII, p. 437–445)
Voici les extraits essentiels de sa description d’Agadez, traduits fidèlement du texte français :
À mesure que l’on approche, la **grande tour de la mosquée**, bâtie en terre, domine de toute sa masse carrée les maisons basses qui s’étendent autour d’elle.
C’est une construction d’un aspect imposant, quoique grossier, d’une hauteur d’environ vingt-cinq à trente mètres, terminée par des pieux de bois qui soutiennent les échafaudages primitifs. »
« Les maisons sont pour la plupart en terre, sans étages, et les rues, étroites et irrégulières, sont souvent obstruées par les décombres et les tas de sable poussés par le vent.
Agadès a perdu beaucoup de son ancienne importance : on m’assura qu’elle comptait autrefois trente à quarante mille habitants, et qu’elle n’en renfermait plus que **six à sept mille au plus**.
Les guerres entre tribus touarègues et l’insécurité des routes ont ruiné son commerce. »
« La ville est cependant le centre d’un certain trafic : les caravanes de Ghat, de Ghadamès et de Tripoli y apportent des tissus, du cuivre, du blé, et quelques chevaux ; elles en emportent des plumes d’autruche, du sel, du natron, et surtout des **esclaves**. »
« Le sultan d’Agadès, que je vis dans son palais de terre, est un homme à la fois craint et respecté.
Il vit dans une grande pauvreté, sans faste, mais entouré d’un cérémonial traditionnel.
Sa maison est bâtie comme les autres, si ce n’est qu’une enceinte plus vaste la sépare de la rue. »
« Les habitants d’Agadès sont d’un type mêlé : on y reconnaît les traits des Haoussa, des Songhaï, et des Touareg noirs.
Ils sont industrieux, propres, fort polis envers les étrangers, et d’un caractère assez doux.
La langue la plus répandue est le haoussa, mais beaucoup parlent arabe. »
« J’ai visité la grande mosquée, dont la tour, en forme de pyramide tronquée, domine toute la ville : c’est sans contredit l’un des plus beaux monuments du Soudan central.
Elle est entièrement construite en terre battue, avec des madriers en bois de palmier qui soutiennent la masse. »
« Le marché d’Agadès est actif le vendredi : j’y ai vu des dattes, du lait, des étoffes grossières, du sel et du tabac.
La politesse des femmes m’a frappé : elles saluent les étrangers sans timidité et sans ostentation. »
🏺 Contexte historique
- Barth séjourna à Agadez de **décembre 1850 à janvier 1851**.
- Il y entra après un long voyage à travers le Tassili n’Ajjer et le Ténéré, venant de Ghat.
- À cette époque, la ville était sous domination d’un sultan touareg, dépendant nominalement du Bornou, mais de fait autonome.
- Barth y nota les ruines d’une prospérité ancienne et la décadence du commerce transsaharien.
Voici l'extrait du récit de voyage d'Heinrich Barth – *Voyages et découvertes dans l'Afrique*
Avant de raconter les événements quotidiens du séjour que j'y fis, il convient que je donne au lecteur un aperçu historique qui lui fasse connaître quelque peu la ville. Les sources arides auxquelles je suis forcé de puiser ne me permettront que d'esquisser à grands traits le passé de cette capitale si remarquable.
Origines et Réfutation d'anciennes théories
D'abord je rappellerai, comme on l'a fait avant moi, la supposition peu rationnelle d'après laquelle, avant que n'eussent paru les excellentes recherches de Cooley sur les pays nègres des Arabes, **Agades** était confondue avec **Aoudaghost**. Cette hypothèse n'a d'autre fondement qu'une prétendue similitude de noms.
Aoudaghost est déjà citée en l'an 1000 de notre ère (350 de l'hégire), et l'on doit en chercher l'emplacement vers les contrées lointaines de l'ouest, dans le voisinage de Tedjigdja et de Kasr El Barka, au pays de Taganet. Agades, au contraire, est décrite en 1526 par Léon l'Africain, comme une ville nouvelle.
La Fondation par les Tribus Berbères
Cela concorde parfaitement avec le témoignage de Marmol dans sa Descripcion de l'Africa qui dit qu'Agades fut fondée cent soixante ans avant l'époque où il écrivait, c'est à dire en **1460**. Il est seulement étonnant qu'aucun de ces deux écrivains ne nous dise qui la créa.
D'après les renseignements les plus minutieux que je pus obtenir sur les lieux, ce furent cinq tribus berbères qui fondèrent la ville : les **Gourara** de Taouat, les **Tafimata**, les deux subdivisions berbères des **Beni Wasit** et des **Tesko** (demeurant à Ghadames), la tribu autrefois nombreuse et puissante des **Masrata** et enfin celle d'**Aoudjila**.
Ces populations étaient donc issues de cinq contrées différentes, séparées les unes des autres par des régions immenses. Il est évident qu'elles se sont réunies à une aussi grande distance de leurs contrées natales, à l'extrémité du désert, pour y fonder une colonie importante, sans doute afin d'en faire un magasin ou un entrepôt assuré pour leur commerce avec les pays nègres.
Le fait que les noms de toutes ces tribus et de leurs divisions sont encore attachés à certaines parties de la ville ne laisse aucun doute sur la vérité de cette conjecture.
La Conquête d'Askia (1515) et l'Exode
Nous savons maintenant que **Hadj Mahommed Askia**, le puissant chef du vaste royaume de Sonrhaï, s'empara d'Agades en l'an **1515** de notre ère (921 de l'hégire) et en chassa les cinq tribus berbères qui y étaient depuis longtemps établies.
Par malheur, nous ne possédons aucun renseignement sur la manière dont le puissant chef du Sonrhaï s'empara de la ville. La tradition rapporte seulement qu'un nombre considérable de Berbères quittèrent Agades avec 500 **djachfa**. La djachfa est une sorte de cage servant à transporter les femmes, que l'on fixait sur le dos des chameaux et que possédaient seuls, d'habitude, les Arabes ou les Berbères aisés.
Tentèrent-ils de se frayer un passage à travers l'armée ennemie, ou se fièrent-ils à la promesse fallacieuse d'une retraite assurée ? Toujours est-il que, d'après la tradition, ils furent tous massacrés.
Héritage Linguistique
Il est extrêmement probable que ce grand conquérant, après avoir chassé les anciens indigènes, fonda un nouvel établissement de ses propres tribus dans cette localité si importante. Cette circonstance expliquerait le fait apparemment singulier, que la langue généralement en usage à Agades (la **langue Emghedesi**) est un dialecte de celle du Sonrhaï et est identique à celle de Tombouctou.