Arrivée de René Caillié à Djenné

Extrait du récit de voyage de René Caillié – Voyage à Tombouctou (1824-1828) – T2 p.132

Passage des bras du Dhioliba et arrivée dans l'île

Un peu avant d'arriver à l'île de Jenné, le sol est composé de sable dur, qui m'a paru ne pas être sujet à l'inondation; il y croît quelques arbustes.

Vers deux heures et demie, nous arrivâmes sur les bords d'un bras secondaire du Dhioliba, venant du nord dans cette partie, et qui forme l'île où se trouve la ville de Jenné. Nous le passâmes à gué, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture; le courant y est très rapide, le lit en est large et sablonneux. Il y avait à ce passage quantité de marchands qui sortaient de Jenné et retournaient avec des marchandises dans leur pays.

Après avoir traversé cette branche du fleuve, je me croyais sur l'île de Jenné, mais avant d'entrer dans la ville il fallut en passer une seconde aussi profonde que l'autre. La première fois, nous nous trouvions sur l'extrémité d'une grande île, séparée par ce marigot, et formée par un bras du fleuve qui en sort à Ségo, et le rejoint à Isaca, village situé à un jour et demi de Cougalia. C'est dans cette grande île que se trouve située celle de Jenné, enfermée par un bras secondaire du fleuve. Je vis dans le port beaucoup de grandes pirogues: les unes, à flot, attendaient un chargement, et les autres, à terre, étaient en réparation. Je fus étonné de la grandeur de ces embarcations; j'en parlerai plus loin.

Logement et premières impressions

Il y avait sur le rivage plusieurs nègres, mon vieux guide s'adressa à l'un d'eux pour lui demander un logement; c'était un Mandingue d'assez bonne mine. Il nous conduisit dans sa maison, qui paraissait jolie extérieurement, mais dont l'intérieur n'offrait plus le même aspect. En ma qualité d'Arabe, on jugea convenable de me faire loger dans une chambre haute, où je serais moins exposé à l'humidité : cette chambre était malpropre et très mal conditionnée; elle pouvait avoir douze pieds de long sur cinq de large, et autant de hauteur.

Le plancher consistait en morceaux de bois bruts, rangés pourtant avec plus de goût que chez les Bambaras que j'avais visités sur ma route, mais très inégaux et recouverts en terre; on avait laissé dans un coin un amas de gravats destinés à réparer le plancher. Le seul meuble qu'il y eût consistait en une natte tendue sur le sol. L'escalier pour y monter donnait dans la cour; il était en terre, petit, très incommode, et si rapide qu'en descendant il fallait prendre les plus grandes précautions pour ne pas tomber. Mon vieux guide et sa suite logèrent dans les magasins du rez-de-chaussée.

Source : René Caillié – Voyage à Tombouctou – 1824-1828 – T2 p.132