Gouro (Tchad) — Géographie et Zaouïa Senoussiste
Extrait de Du Sénégal au Cameroun — Lt-Colonel de Burthe d’Annelet (1932–1935), T. II, p. 873 et suivantes
Arrivée et Description Géographique de Gouro
Enfin, une dernière montagne contournée, un tournant brusque, et voici Gouro. Le regard embrasse d'un seul coup toute la palmeraie, dont les dattiers apparaissent avec la rigidité métallique de leurs hauts panaches dans un fond entouré presque de tous côtés par des falaises, qui se découpent sur l'azur en une ligne horizontale et régulière. Le bloc du fort blanc et ocre se carre en avant.
La descente s'effectue dans la dune entre des rochers, cônes, monticules, collines tabulaires, très altérés, dont le grès rouge sang de boeuf coagulé se fond harmonieusement avec de délicates nuances mauves. Quelques kilomètres dans un terrain raviné, rocailleux et pierreux, et je mets pied à terre devant l'entrée du poste (9 kil., alt. 395 m).
Sidi el Madhi et la Zaouïa Senoussiste (1898-1902)
Le poste des chrétiens et le tombeau du saint musulman **Sidi el Madhi**, fils du Cheikk Mohamed ben Ali es Senoussi, chef des Khoan de la Confrérie, se font face fraternellement à quelques mètres de distance. Ce grand personnage, très avancé en sagesse et touché par la « baraka » divine, vint de Koufra et s'établit à Gouro en 1898. Il y construisit une **zaouia**, qui était une petite ville, avec logements et magasins, mais sans murailles ni réduit.
Il y mourut le 1er juin 1902, laissant sa succession à son neveu Ahmed Chérif, qui lui éleva une **« Goubba »** remarquable, haute de 8 mètres, où tous les croyants affluèrent pour prier.
Celui-ci n'ayant pas tardé à rejoindre Koufra, fut remplacé par Mohamed Sunni, vieillard lettré, entouré d'un grand prestige, et qui avait une haute estime pour Kaocen.
**Gouro devint alors la ville sainte, la place d'armes et le centre de résistance des Senoussistes**. Après sa prise par la colonne Largeau, la « goubba » fut détruite et les constructions de la zouia furent rasées.
Peu après, les restes de Sidi el Madhi furent transportés à dos de chameau par les soins de son ancien précepteur Sidi Ahmed Rifi, à Tadj (Koufra), où ils reposent non loin de Djéraboub, oasis sacrée, dépositaire du tombeau d'Es Senoussi, fondateur de la secte, qui y trépassa en 1859. Les gens n'en croient pas moins que Sidi el Madhi n'est pas mort, a disparu mystérieusement, et est monté au ciel d'où il descendra quand son heure sera venue.
Le Pèlerinage et les Cérémonies
Du temps du grand marabout Mohamed Sunni, on venait en foule et de très loin en pèlerinage au tombeau du Madhi. Les gens de Koufra, de l'Ennedi, du Ouadaï, du Dar-Four même, apportaient du mil, des dattes, des cotonnades et des armes, et campaient sous la tente en plein air. Le sultan d'Abéché se distinguait par ses libéralités et envoyait habituellement 400 chameaux de grain, 800 chèvres et nombre de captifs. Le derdé Maï Chaflami se rendait chaque année à Gouro, mais ses moyens étant plus réduits, sa générosité se bornait au don de quelques pains de sucre, ce qui le faisait considérer comme un « meskin ». Les pauvres étaient nourris pendant les trois jours que durait le pèlerinage. Les cérémonies consistaient en réunions à la mosquée ou sous les palmiers pour la prière, en sacrifices de quantité d'animaux et en réjouissances pendant lesquelles on tirait des coups de fusil suivant la coutume.