Mourzouk en 1849 : Description d'une capitale saharienne
Extrait du récit de voyage d'Heinrich Barth – *Voyages et découvertes dans l'Afrique*
Murailles et Portes
La ville de **Mourzouk** elle-même, n'a qu'un circuit d'un peu moins de deux milles anglais. Les murailles en sont faites d'argile qui brille partout d'incrustations salines, et sont pourvues de bastions ronds ou carrés, en partie mal conservés.
Des trois portes de la ville, celle du côté de l'orient est la principale; celle de l'ouest est moins vaste, et celle du nord est fort petite. La partie méridionale n'a pas de porte et a été fort dévastée par Abd El Djelil.
Urbanisme et Population
La ville est encore beaucoup trop étendue pour sa rare population qui ne s'élève qu'à **2800 âmes**, y compris les quatre cents hommes de garnison. La plus grande partie de la ville, principalement à quelque distance du bazar, n'est que peu peuplée et à moitié ruinée.
Une particularité caractéristique, qui démontre que Mourzouk a plus d'affinité avec le Soudan qu'avec les contrées habitées par les Arabes, est la vaste **esplanade ou dendal**, qui s'étend depuis la porte orientale jusqu'à la forteresse, et qui donne à la partie principale de la ville plus d'air, mais aussi plus de chaleur.
Le Bazar et la Kasbah
Le **bazar** est naturellement le quartier le plus fréquenté et offre une situation très commode pour les marchands et les acheteurs, par les travées, reposant sur des troncs de palmier, qui s'étendent des deux côtés de la partie intérieure du dendal.
La **kasbah** a des murs d'une grande épaisseur et ne renferme que des salles de petite dimension. La partie extérieure est occupée par une caserne ou **kischlah**, fort belle pour ce pays, composée d'un vaste bâtiment carré contenant une spacieuse place d'armes.
Cette caserne, quoique ne renfermant, comme je l'ai dit, que quatre cents hommes, est assez grande pour en contenir deux mille. Ces troupes sont bien logées et beaucoup mieux nourries que le reste de la population en général; les habitants du Fezzan n'en craignent pas moins par-dessus tout le service militaire, dont ils cherchent à s'affranchir par tous les moyens en leur pouvoir.
Climat et Incommodités
L'aspect extérieur de la ville n'est pas désagréable et a même quelque chose de pittoresque. Par contre, la **sécheresse extrême** de la localité en rend le séjour des plus incommodes. Mourzouk git dans un hofrah ou bas-fond du plateau, entouré d'une pente sablonneuse légèrement inclinée. Cette situation particulière enlève à la ville toute circulation d'air salubre; le sol, humecté de pluies rares et de peu de durée, remplit parfois l'air de grains de sable qui rendent encore plus insupportable l'ardeur des rayons du soleil.
Problèmes Sanitaires et Mode de Vie
D'autre part, le côté nord de la cité est empesté par les **salines** où les eaux s'amassent, stagnantes, et remplissent l'air, en croupissant, de **miasmes pernicieux**. L'homme ne peut y fuir l'accablante chaleur du climat, qu'en se retirant dans l'ombre de ses habitations, et n'y trouve d'autres distractions que les plaisirs des sens. L'usage excessif que l'on y fait du **vin de palmier** contribue puissamment, peut-être, à produire les fièvres qui règnent à Mourzouk.