Passage d’Heinrich Barth à Ghat (Rhat) en 1849
Extrait du récit de voyage d'Heinrich Barth – *Voyages et découvertes dans l'Afrique* (T1 p.129)
Arrivée et Accueil à Rhat (Ghat)
Le lendemain, 18 juillet, nous atteignîmes après une courte marche, **Rhat**, la seconde grande station de notre voyage. Nous y fûmes reçus par Mohammed Sherif, neveu du gouverneur Hadj Ahmet. Il était richement vêtu d'un costume moitié targi, moitié arabe, et montait un excellent cheval de la race de Taouat. Nous devions loger dans la belle maison de Hadj Ahmet, et nous nous y rendîmes par le chemin situé au nord de la colline sur laquelle s'élève la ville, pour ne pas éveiller l'attention des habitants. Mais beaucoup de gens vinrent à notre rencontre et reconnurent bientôt M. Richardson qui s'était déjà rendu à Rhat pendant son voyage précédent, et qui y était encore bien connu sous le nom de Yakoub.
Situation Géographique et Importance Commerciale
La petite ville de Rhat est située au pied nord-ouest d'un rocher qui s'avance au milieu de la vallée, et qui est entouré à l'ouest par des montagnes de sable. Une plantation de dattes s'étend dans la direction du sud-ouest, une autre plantation, appartenant à la splendide habitation d'Hadj Ahmet, se trouve du côté occidental. La position favorable de cet endroit rend très vraisemblable la supposition qu'il s'y trouvait des établissements dans une très haute antiquité.
Cependant aucun auteur ne fait mention de Rhat, sauf **Ebn Batouta**, célèbre voyageur du XIV siècle. Cette ville, du reste, ne semble pas avoir jamais été une place considérable. Elle ne compte actuellement que **deux cent cinquante maisons**, mais n'en est pas moins importante par son **commerce**, un marché s'y tenant tous les ans, auquel se rendent des caravanes avec des marchandises apportées tant du midi que des contrées du littoral méditerranéen.
Obstacle au Commerce des Caravanes
Cette importance croîtrait encore, sans nul doute, si la jalousie des habitants de **Taouat** ne mettait obstacle à la construction d'une voie directe de Rhat vers Tombouctou. Mais ces derniers font tout leur possible pour tenir cette route fermée, afin de pouvoir accaparer le bénéfice du commerce des caravanes. Celles-ci sont donc forcément obligées de suivre l'interminable chemin de Taouat.
Architecture et Oasis
La petite ville de Rhat est entourée de misérables murailles, hautes de dix pieds et percées de quatre portes. Les maisons n'y sont pas blanches comme dans les villes arabes, mais elles ont la **couleur sale des briques non cuites** et de l'argile dont elles sont bâties. Un seul minaret digne d'attention, et un grand bâtiment qui sert de logement banal, s'élèvent seuls au-dessus des toits plats des autres constructions. Les plantations de palmiers de l'oasis sont, pour la plupart, situées à quelque distance de la ville. Une cinquantaine de maisons, bâties de pierres et d'argile, forment une espèce de faubourg; çà et là, il s'y trouve en outre, quelques huttes construites en paille et en branches de palmiers. Toute l'oasis n'a qu'environ trois milles anglais d'étendue.
Agriculture et l'Exemple d'Hadj Ahmet
Dans les jardins on cultive généralement un peu de froment, d'orge, du ghaseb ou ghousoub, du blé noir ordinaire et quelque peu de fruit. Les agrandissements successifs qu'**Hadj Ahmet** a apportés à ses plantations, montrent jusqu'à quel point la culture peut y développer la fertilité du sol. Dans la partie méridionale, qui est la plus récente, il a été creusé un réservoir de cent pieds de long sur soixante de large, où se rassemblent les eaux qui descendent en abondance du flanc septentrional de la colline voisine. Le réservoir arrose des jardins potagers d'une grande étendue.
C'est ainsi que ce prince opulent étend, chaque année, ses plantations; mais son louable exemple ne rencontre que peu d'imitateurs.