Les quatre saisons à Plaine Joux
Il était une fois Perséphone, une jeune fille belle et aussi légère que le vent, qui cueillait des fleurs
dans le minuscule alpage d'Ajon, entre Plaine Joux et Miribel. Soudain, la terre trembla, s’ouvrit en grand…
et Hadès, le roi des Enfers, apparut sur son char noir. D’un geste, il l’emporta dans son royaume sans
lumière.
Déméter, sa mère, la chercha partout, pleurant si fort que la terre s’assombrit. Les arbres perdirent leurs
feuilles, les champs ne donnèrent plus de blé, et les hommes eurent faim.
Zeus, ému par leurs prières, exigea qu’Hadès rende Perséphone. Mais la jeune fille avait croqué quelques
graines de grenade, fruit des Enfers… et qui goûte aux Enfers y appartient pour toujours.
Alors, Zeus décida : Perséphone passerait une moitié de l’année sous la terre, auprès d’Hadès, et l’autre
moitié sous le ciel, auprès de sa mère. Quand Perséphone remonte vers la lumière, Déméter rit de joie et la
nature se couvre de fleurs : c’est le printemps ! Mais quand elle redescend dans les ténèbres, la déesse se
tait et le monde se glace : c’est l’hiver.
Et c’est ainsi que, depuis ce jour, les saisons dansent sans fin, en une ronde immuable où se répondent la
chaleur, le chatoiement de mille couleurs, l’exubérance de la vie, puis la fraîcheur, le silence et des
paysages sublimes, givrés et blancs.
Printemps
Le printemps, c'est l'émotion, la renaissance, le passage à une vie nouvelle avec toutes ses belles
promesses.
En alpage, les derniers névés perdent leur combat contre Pœbus. Les crocus, fragiles mais premiers signes
d’un printemps encore hésitant, osent percer le peu de blancheur restante. Bientôt les primevères prennent
le relais, ouvrant leurs corolles d’or à la tiédeur neuve du soleil. Puis, le bleu intense des gentianes
semble être des éclats d'azur tombés du ciel et consacrant la saison désormais installée.
Le cycle des saisons s'est remis en marche, et commence par de belles promesses.
Été
Quel plaisir d'espérer, puis de découvrir ces milliards de fleurs qui envahissent toutes les zones qui ne
sont pas fouanées annuellement. C'est à fin juin que l'explosion est générale et simultanée, déclarant
officiellement la saison d'été ouverte.
On y observe une grande diversité de fleurs caractéristiques de la Haute-Savoie, notamment le Géranium des
bois (violet ou blanc) et la Renouée bistorte aux épis roses. Les zones plus fraîches se parent du jaune
d'or des Trolls d'Europe, tandis que les Marguerites et la Sauge des prés ponctuent les prairies.
Les pissenlits se font rabattre leur caquet. Les plans rapprochés révèlent l'élégance de l'Églantier
sauvage, les coussinets de Silènes acaules nichés dans les rochers et le bleu électrique de la Gentiane
printanière.
On y reconnaît également les fleurs en étoile de l'Orpin butinées par les abeilles, ainsi que les Primevères
officinales (coucous) et de petites fraises des bois. Les sorbiers inondent le paysage de leurs grappes
rouge vif et les campanules offrent leur calice à l'avidité des butineuses.
Les vaches, repues et assoupies, disparaissent dans cette stupéfiante couverture fleurie.
Ce panorama floral est complété par la présence de papillons, comme la Petite Tortue, le Machaon ou le Grand
Apollon, évoluant face au massif du Mont-Blanc.
Automne
Venez voir cette apothéose de couleurs qui se mijote là-haut. La bagarre est féroce entre les sorbiers au
top de leur forme et les fayards au bout de leur maturité.
Il est temps de s'enfiler dans les petits sentiers souvent si sombres, car les sapins ont perdu leurs alliés
principaux, les hêtres, pour assombrir les sous-bois. Ces derniers, terminant leur photosynthèse, changent
de camp et diffusent un chatoiement éclatant de jaune dense et chaleureux, orangé translucide, or pur,
mandarine et capucine, cuivre et bronze, rouille, ocre... On mesure alors comme la lumière sait être douce
et belle quand elle le veut.
Plaine Joux regorge de ces sentiers secrets, parfois austères, mais en ce moment, toujours éclairés d'une
lumière douce. On peut y monter par les Mougis, la combe de la Chapelle, le Replan, La Gpapaz et d'autres
accès sur le versant Mégevette sont attractifs. C'est un vrai régal de les parcourir à cette époque, et
profiter ainsi de ces sublimes couleurs qui les illuminent.
J'y ai trouvé par exemple un mariage d'amour entre un sapin et un sorbier sans pouvoir déterminer lequel a
poussé au sein de l'autre. Un vrai sapin de Noël avant l'heure ! Peut-être auront-ils une descendance ?
J'ai admiré également l'intrication spectaculaire d'un cynorhodon et d'une clématite des bois. La Clématite
utilise les autres arbustes comme supports pour grimper vers la lumière. En hiver, alors que les feuilles
sont tombées, seules restent ces masses cotonneuses très décoratives qui contrastent magnifiquement avec le
rouge des cynorhodons. Respectant son cycle végétatif, elle n'était plus qu'un squelette, mais son aspect
vaporeux et blanchâtre lui vaut le surnom de « Barbe de Vieillard » ou « Cheveux de Vierge ». Elle est
pleine de filaments argentés qui servent de « parachutes » pour permettre la dispersion des graines par le
vent.
Et ce houx magnifique que je salue à chaque passage. Il a la forme de ces kiosques parisiens, et on ne sait
qui des humains ou des chevreuils et cerfs lui broutent les branches accessibles, mais il résiste et étale
hors de portée de leurs mâchoires sa toison rouge et verte, riche et opulente.
Il y a aussi le Dompte-venin officinal : nommé par nos grands-mères, il suggère une protection contre le
venin, mais il est toxique... En ce moment, il ouvre ses cosses pour libérer leurs trésors de soie. Un
ballet vaporeux de graines ailées s'élève alors, confiant au vent le soin de semer la vie future. Un instant
de grâce suspendu avant le grand sommeil de l'hiver.
Hiver
Venez patauger dans la peuffe fraîche et immaculée, et vous reposer dans son silence majestueux. Chaussez
vos raquettes pour vous immiscer entre le bleu azur profond et cette poudre blanche envahissante et légère.
Venez vous faire surprendre au bord de ces mers de brouillard qui transforment nos alpages en plages
secrètes, irréelles et éphémères.
Admirez le givre, cet artiste bénévole, qui transforme chaque sapin, chaque branche et baie sauvage en une
sculpture splendide et épurée.
Laissez-vous envelopper par le silence apaisant des forêts endormies et la majesté des sapins lourdement
parés de blanc.
Découvrez l'éclat pur des matins froids qui vous picote les narines, jusqu'aux lueurs d'or d'un crépuscule
éthéré qui dorlote la poudreuse avant de l'endormir.
Contemplez les géants débonnaires qui vous entourent, vous protègent, et qui tentent de vous séduire ou vous
ensorceler par une nouvelle posture à chaque détour du chemin.
Un instant d'évasion absolue pour admirer la nature dans ses plus beaux habits de lumière. Une immersion
totale au pays des neiges éternelles, entre traces de raquettes solitaires et combes de silence, de cristal
et de nacre.
Pour un mélange entre la morsure du froid et l'enthousiasme d'Antonio Vivaldi, évidement interprété par
Claudio Scimone et Piero Toso, cliquez à gauche. Et pour la relaxation ou la méditation New Age d'Elijah
Bossenbeck illustrant des paysages ouatés et flamboyants, cliquez à droite.
Et si vous hésitez, ben cliquez au milieu...