Voyage : à l'origine du monde avec l'agence aventure-volcans.com
Dimanche 13 mars :
Paris – Addis-Abeba
Accueil par l'agence locale, sans problème. Installation à l'
hôtel Ghion, beau palace du
centre-ville.
Lundi 14 mars :
Addis-Abeba
Visite du
Musée National d'Éthiopie. Grand bâtiment à étages, un peu kitsch (à
l'époque) dont l'essentiel est la salle réservée à
Lucy.
Ce jour-là, elle voyage et a laissé sa place à une de ses copies.
Beaux sièges en bois taillés dans la masse, ce qui prouve deux choses : il y a de gros arbres et ils n'ont pas eu besoin
d'inventer l'assemblage.
Repas de midi au
Restau de Lucy, juste à côté, très agréable
Petit tour digestif en banlieue, pendant que nos guides s'occupent de nos visas pour
Djibouti.
Découverte de toutes sortes de gens qui mélangent, souvent avec bonheur, des éléments de tenues modernes et locales.
Cathédrale de la Sainte-Trinité.
Beau mélange de cultures là encore. Des moines orthodoxes qui font la manche et beaucoup de monde pour un enterrement
Visite de l'immense
Merkato.
Très spectaculaire, mais si mal fréquenté qu'on nous interdit de sortir des voitures sous peine d'être instantanément
dépouillés.
Faire très attention en prenant des photos par la fenêtre de ne pas se faire attraper l'appareil…
Bric à brac invraisemblable et concours d'objets les plus improbables.
Passage devant la
Mosquée Anwar.
Mardi 15 mars :
Addis-Abeba – Kombolcha
Départ vers le nord, sous une pluie battante. Visite d'un
village Oromo.
Matinée pluvieuse et glaciale. Arrêt dans un village peu après
Sembo.
Les gens sont frigorifiés, enroulés dans des couvertures bariolées.
Maisons en pierres, rondes ou carrées, toit de chaume.
Le combustible – bouses de vache aplaties et séchées – est empilé en rond pour garder le bétail de nuit.
L'intérieur est des plus démuni : terre battue, trépied de terre pour cuisiner, étagères en équilibre improbable.
Passage à
Chacha, puis restau à
Debré Birhan,
redécouverte de la cuisine locale, Injera et viande hachée très épicée. Belle église orthodoxe à la sortie.
Arrêt au
Col de Tarma Ber à 3150 m d'altitude. Le tunnel qui évite la dernière montée
est en travaux et il faut patienter. J'en profite pour acheter ce superbe bonnet en forme de moule à cake et en laine
rêche (poil de chameau ?) déjà vu à cet endroit en 2003. Vue surplombante à la sortie sur
Debré Sina.
Petit arrêt à
Debré Sina, devant un petit marché avec plus de vendeuses que de
clients.
Les gens sont très sympas, accueillants, détendus et calmes.
Tu regardes si tu veux, tu achètes si c'est ton plaisir. Pas question d'une rancœur de la part d'une vendeuse déçue.
Plus loin, encore beaucoup de patience de la part de voyageurs en souffrance sur le bord des routes.
Passage à
Shoa Robit, Sambatee, Karakore. Beaucoup de gens stagnent au bord des
routes, attendant un moyen de transport improbable.
Arrêt à
Kamisee où on trouve un groupe de femmes surexcitées par le passage
d'acheteurs potentiels.
Arrivée en fin de journée à
Kombolcha pour la nuit. Diner et Nuit au
Tekle Hôtel
Mercredi 16 mars :
Kombolcha – Mékélé
Passage à
Dessié, puis, à l'entrée d'
Hayq, marché
clandestin de Kat, avec beaucoup de mines patibulaires…
Le gouvernement tente de réguler cette consommation catastrophique, qui grève le budget des ménages. Seuls les hommes en
consomment.
Le produit doit être cueilli le matin très tôt pour être acheminé et vendu dans la matinée. Très vite, il perd ses
« qualités » et sera dédaigné.
l'acheteur se fournit pour la journée et mâchouillera ses feuilles jusque tard le soir, gardant en bouche une sorte de
chique verdâtre qui va lui déformer les joues.
Ce marché semble plus toléré qu'ailleurs et acheteurs et vendeurs ne se cachent plus beaucoup.
Puis visite d'un très beau marché à
Wuchale.
Ambiance formidable : les gens sont tolérants, accueillants, bienveillant. Beaucoup d'hommes à la vente, ce qui est
très inhabituel pour moi. On en voit même qui tricotent.
Le forgeron tient fièrement sa place, aidé de son souffleur.
On reprend la route vers
Woldia, Robit, Addilnalca, Korem.
On arrive au belvédère sur le
Lac Hashenge.
Puis on rejoint
Mékélé.
Jeudi 17 mars :
Mékélé – Berhalé
On remplace la visite de
Lalibela prévue au programme, par celle d'églises plus rupestres
mais sur le parcours de
Mékélé à
Dallol. Je n'y perds
rien, car je suis passé à
Lalibela en 2003 et ces églises taillées dans la masse ont
beaucoup d'allure.
Direction
Wukro, vers une belle église orthodoxe avec leurs popes toujours prêts pour une
représentation afin de susciter le pourboire – pardon – le don.
Puis
Ts'Ibab où nous découvrons l'art de vivre local : des fermes forteresses, avec
patio intérieur pour le bétail, belles meules de foin sur les toits et bouses à sécher collées aux murs, pour le futur
combustible.
Église Mikael Imba. L'une des églises les plus spectaculaires du pays. Elle est
monolithique, dégagée de la roche sur ses quatre côtés, érigée sur le rebord d'un
amba (plateau éthiopien) dont l'accès n'est pas aisé.
L'ascension qui mène à l’église excavée de la roche est courte, mais aidée d’une échelle. Le sanctuaire, à 2 450 m
d’altitude, offre une vue majestueuse sur la campagne environnante.
Comme la façade, large de 17 m, le laisse présager, l’intérieur est vaste, soutenu par de gros piliers cruciformes de 6 m
de haut, mais ne comporte pas de peintures. La décoration se limite à une grande croix grecque ornant le plafond et autres
motifs géométriques.
Un bassin d’immersion échancre la vaste cour qui s’étend devant l’église datée d’une période antérieure à celle de
Lalibela (il a servi à soigner les femmes stériles et les personnes malades). À proximité,
des citernes très profondes creusées dans le rocher permettent de retenir l'eau.
Du haut du plateau qui abrite les huttes des moines, il est possible d’admirer en contrebas un habitat rural très abouti,
des fermes à plusieurs corps de logis comme fortifiées.
On reprend la route vers
Haike Meshal, une petite église bleue vers
Birki
Et on commence la descente dans la
dépression de Danakil. La route de fin de journée est
encombrée de caravanes chamelières immenses, chargées de plaques de sel extraites du
Lac Assal.
Bivouac sous tente dans un oued caillouteux, près de
Berhalé. Belle ambiance, car le
groupe prend conscience que les choses sérieuses commencent. Nous sommes encore à une altitude positive de 639m, venant de
Mékélé qui est à 2 254m.
Vendredi 18 mars :
Berhalé – Hamad Ela
Réveil splendide, dans un décor de plus en plus nouveau. À l'écart de
Berhalé, nous sommes
la curiosité d'un petit groupe de gamines enjouées. Nos accompagnant nous ont prévenu de ne pas prendre de photos de gens
sans un consentement exprès, mais la tentation – et la scène – sont trop tentantes pour résister… avec une arrière-pensée
pour les sanctions.
Puis, on se remet en route vers
Hamad Ela. La descente continue et nous sommes enfermés
dans une vallée creusée dans les gravats.
La végétation disparait lentement, mais surement, maltraitée sans doute par les températures – les plus chaudes de la
planète - et les remontées chimiques du volcan que nous cherchons.
Mais l'Homo sapiens n'est pas dissuadé et on trouve, même fréquemment, des hameaux paumés de chez paumé, dont on se
demande quels sont leurs motivations et moyens de subsistance.
Il est vrai que c'est le passage obligé de la remontée du sel du
Lac Assal, colportés par
d'immenses caravanes et qu'il faut bien ravitailler tous ces forçats qui découpent les plaques et conduisent les chameaux.
Après tous ces km de bagnoles, ponctués gentiment par des arrêts fréquents, il est temps de se dégourdir les gambettes et
nos accompagnants vont profiter d'un passage plus clément pour nous lâcher dans le fond de l'oued, pendant que les 4x4
restent sur les flancs.
On arrive enfin à
Hamad Ela (alt. -90 m.) Déjeuner sous une hutte mess de l'organisation,
camping prévu collé contre, en plein village. C'est d'ailleurs jour de mariage et nous sommes conviés à la fête, comme
tout le village. Danses et rigolades en cercle autour de la famille, mais aucune femme, pas même la mariée que nous ne
verrons pas.
Départ enfin vers le volcan, mais nous découvrons avec horreur qu'il est bien protégé par un bourbier infâme dans lequel
sont empêtrées les voitures de tête. Pataugeages et manœuvres compliquées (avec peu de matériel…). Puis le sol – plat
comme la main – durcit peu à peu et la progression reprend.
On arrive dans une zone de résurgences au sud-ouest de ce champ géothermique. De nombreuses flaques/lacs en œil de bœuf
nous barrent le passage. Certaines petites et mignonnes, d'autre plus vastes et glauques. La terre nous offre là un
échantillon de ce qu'elle sait faire de plus spécial en chimie lourde : le catalogue et infini et le danger partout. Notre
accompagnant nous dit avoir perdu un client qui, s'étant approché trop près, s'est effondré dans cette eau à 90° et a dû
être exfiltré avec une jambe dans un sale état.
Un autre souci est la sécurité frontalière : Plusieurs incidents graves impliquant des touristes ont été rapportés par le
passé. En 2012, juste après mon passage, cinq touristes européens (dont deux Allemands) ont été tués par le Front de
l'unité révolutionnaire démocratique de l'Afar (ARDUF). D'autres enlèvements de touristes ont eu lieu en 2007 et 2012. En
2017, un touriste allemand a été tué près de la frontière.
Nous sommes donc constamment accompagnés et surveillés par des militaires lourdement armés, qui ne badinent pas et nous
encerclent de crêtes en crêtes.
Et de plus, l'agence Aventures et volcans (avec qui nous sommes…) a perdu une cliente sur ce site. Disparition complète
comme évaporée. Son squelette sera retrouvé plusieurs années plus tard, au sommet d'un pic isolé, sans comprendre ce qui
lui est arrivé. C'est ce qui fait que nous sommes tous équipés de masques à gaz, car une des hypothèses de ce décès serait
une émission subite de gaz carbonique ou autre, un peu en contradiction quand même avec ce corps au sommet d'un pic.
Retour à
Hamad Ela pour une nuit paisible.
Samedi 19 mars :
Dallol
Ce matin, visite des salines du
Lac Assal. Des milliers de chameaux attendent le
chargement de plaques de sel.
Dans cette partie, le sel forme une croute dure de 7-8 cm d'épais qu'il faut casser, puis tailler au format 30x30,
apparent standard du marché. Les travailleurs protègent tous leurs pieds par des chaussettes et sandales contre les
agressions de cette saumure.
Ambiance sympa, tout le monde rigole, pas d'animosité envers ces touristes et leurs pèlotos inquisiteurs.
Cette fois-ci, c'est le centre actuel de cette zone dite volcanique constitué principalement de résurgences.
C'est un phénomène géologique unique, résultant d'une interaction complexe entre l'activité volcanique, la tectonique des
plaques, la présence de sel et d'eau.
Voici comment elles se forment :
Contexte Géologique : La Dépression de l'Afar (Rift) : Le Dallol se situe dans la dépression de l'Afar, une zone où les
plaques tectoniques Africaine et Arabique s'écartent. C'est un point triple de divergence où les rifts de la
mer Rouge, du golfe d'Aden et de la
vallée du Grand Rift africain se rejoignent.
Cet étirement de la croûte terrestre provoque un amincissement de celle-ci, permettant au magma de remonter plus près de
la surface. On parle de volcanisme de rift.
Poche Magmatique et Chaleur Géothermique : Sous le Dallol se trouve une chambre magmatique
peu profonde (certaines études suggèrent environ 2 000 mètres de profondeur). La chaleur intense de ce magma est le moteur
principal du système hydrothermal.
Présence de Dépôts de Sel : La Dépression du Danakil était autrefois inondée par la
Mer Rouge. En s'asséchant progressivement à cause du soulèvement terrestre et de
l'évaporation intense (la région est l'une des plus chaudes du monde), elle a laissé d'énormes dépôts de sel, parfois sur
plusieurs kilomètres d'épaisseur. Le Dallol lui-même est un dôme de sel formé par
l'intrusion de magma sous ces couches salines.
Circulation de l'Eau (Aquifère Salin) : L'eau de pluie occasionnelle, ainsi que l'eau des aquifères souterrains (parfois
connectés aux eaux de la Mer Rouge par infiltration via des failles), s'infiltrent dans
le sol et entre en contact avec les dépôts de sel. Cette eau se sature en sels, devenant une saumure hypersaline.
Interaction Eaux-Roches-Chaleur (Système Hydrothermal) : Lorsque cette saumure hypersaline s'enfonce suffisamment, elle
est chauffée par le magma et les roches chaudes environnantes. Sous l'effet de la chaleur et de la pression, cette eau
surchauffée et chargée en minéraux remonte vers la surface par des fissures et des failles créées par l'activité
tectonique et volcanique.
Précipitation des Minéraux et Formation des Concrétions : En remontant et en rencontrant des températures et des pressions
plus basses, la saumure sursaturée en minéraux (principalement des sels de chlorure, mais aussi du soufre, du fer, etc.)
devient instable. Ces minéraux précipitent et se déposent en couches, formant les structures incroyablement colorées et
les terrasses que l'on voit au Dallol. Les couleurs vives (jaune, orange, vert, blanc) proviennent des différents éléments
chimiques présents : Jaune vif à orange : Soufre sous diverses formes. Vert : Souvent lié à des sels de cuivre ou d'autres
métaux, ou à l'interaction du soufre avec le sel. Blanc : Sel pur (halite). Rouge-brun : Oxydes de fer. Les gaz
volcaniques (hydrogène sulfuré, dioxyde de carbone) s'échappent également, contribuant à l'odeur caractéristique et à
l'acidité des bassins. Le pH de certaines mares peut même être négatif, ce qui est extrêmement acide !
En résumé, les résurgences du Dallol sont le résultat spectaculaire d'un système
hydrothermal où l'eau salée s'infiltre dans le sol, est chauffée par une chambre magmatique, dissout les minéraux des
roches et du sel environnants, puis remonte à la surface où ces minéraux précipitent pour former des structures étonnantes
et des bassins acides et colorés. C'est un laboratoire naturel unique qui montre la puissance des interactions
géologiques. (merci Gemini…)
Interruption pour le déjeuner : ce labo de chimie lourde à ciel ouvert n'est pas propice, on s'écarte sur la croute
de sel du
Lac Assal pour s'abriter contre le seul rocher du coin, mais cet effort est
vraiment apprécié : nous sommes dans un four.
L'après-midi sera différent. Visite des
Montagnes Salées, au sud-ouest de
Dallol. C'est un véritable entrepôt de déchets de la croûte terrestre. Comme cette
dépression a été plusieurs fois envahie par la
Mer Rouge au cours des temps, les strates
de sels et autres dépôts sont cisaillés par la tectonique des plaques et nous offrent un décor des plus surréaliste dans
lequel on se balade tout éberlués
Retour à
Hamad Ela et bivouac.
Dimanche 20 mars :
Dallol
Deuxième boucle à
Dallol. Un grand tour jusqu'aux anciens chantiers d'extraction de
potasse.
Dès le début du XXe siècle, notamment pendant la période de l'occupation italienne (Érythrée, puis brève occupation de l'Éthiopie), il y a eu des tentatives d'exploitation
industrielle de la potasse (sylvite, carnallite) au Dallol. Une « ville fantôme » subsiste
d'ailleurs sur le site, témoignant de ces efforts d'extraction de potassium abandonnés par les Italiens vers les années
1930.
Ces tentatives étaient souvent confrontées aux défis extrêmes de l'environnement (chaleur, accès difficile, conditions de
travail) et à l'instabilité politique de la région. La potasse est un minerai essentiel pour les engrais agricoles.
Depuis les années 2000 et particulièrement ces dernières années, la donne a changé :
Gisements massifs et intérêt mondial : La Dépression du Danakil reconnue comme abritant
l'un des plus grands gisements de potasse inexploités au monde. Cela a attiré l'attention de grandes entreprises minières
internationales, voyant un potentiel énorme pour l'approvisionnement mondial en engrais.
Les méthodes actuelles et prévues sont très différentes de l'extraction artisanale du sel. Il s'agit principalement de
l'extraction par dissolution (solution mining).
Cette technique consiste à injecter de l'eau (généralement de l'eau souterraine) dans les couches de sel souterraines pour
dissoudre la potasse. La saumure enrichie en potassium est ensuite pompée vers la surface.
En surface, le potassium est extrait de la saumure par des processus d'évaporation et de cristallisation.
Certains projets peuvent également envisager l'extraction minière souterraine si les conditions géologiques le permettent,
bien que la méthode par dissolution soit plus courante pour les gisements profonds d'évaporites.
Lundi 21 mars :
Hamad Ela – Erta Ale
On commence alors un long transfert vers le volcan
Erta Ale. On suit le fond de cette
Dépression du Danakil dans un terrain qui devient lentement sablonneux sur des pistes très
peu fréquentées.
Je commence à sentir une fatigue importante que je mets sur le compte de la chaleur qui est réellement épouvantable. Je
somnole dans la voiture et me retrouve totalement lessivé lors de notre arrivée au camp de base du volcan.
Je saute le repas et comme on m'annonce une montée sur des chemins de lave et 300m de dénivelé, je me sens incapable d'y
participer. Et je pars m'allonger…
Mes collègues sont partis depuis quelques heures et des accompagnants pris de pitié sur mon sort me proposent de me monter
là-haut en chameaux. J'accepte, un peu inconscient, de la situation.
Le cheminement est long et chaotique, la lave est un véritable obstacle à la marche et je me cramponne éperdument sur
cette bestiole qui me secoue comme un prunier. J'arrive en haut complètement exténué et pars m'allonger dans une cahute en
pierre au bord de la caldéra.
Je suis constamment pris de vomissements et de spasmes, je n'arrive plus du tout ni à boire ni à manger sans tout rejeter
instantanément. Le chef d'expé me diagnostique une tourista et n'en démord plus. J'ai beau lui expliquer que malgré 20 ans
de tribulations africaines, je n'en ai jamais eu, que je n'ai pas de diarrhées, il me dit que tout rentrera dans l'ordre
si j'accepte de boire de l'eau salée.
Je le fais aussitôt avec effort et ça ressort instantanément. Je passe la journée dans cette cahute, incapable de faire
les quelques mètres qui me séparent de ce chaudron que j'ai tant rêvé de découvrir. Mais impossible.
Le soir, mes chameliers qui m'avaient trimballé jusque-là décident de me redescendre. Je remonte sur la bestiole et suis
totalement incapable de me cramponner dans la descente. Je comprends qu'il n'y a pas de solution et que je dois descendre
à pied.
Le calvaire commence et je m'affaisse régulièrement toute les 10 minutes pour dormir 2 ou 3 min. Allongé dans la lave
comme un fakir insensible…
La descente va durer des heures et je suis de plus en plus faible. Arrivé au camp de base, je m'affaisse dans une cahute
et n'en bouge plus.
Une discussion sévère s'engage alors entre Gabriel et Yoannes le chauffeur d'un côté et le chef d'expé de l'autre, les
premiers sont partisans de me rapatrier dare-dare à
Addis-Abeba et l'autre soutient mordicus que
ça va passer. Ça hurle un peu et Gabriel tourne le dos à son chef sous les pires menaces de licenciement et me voilà
allongé à l'arrière d'un Toy, en route vers un hôpital de la capitale.
J'ai dédommagé les gens de ce camp de base qui m'avaient si gentiment aidé et au moment de le faire pour mon chamelier,
celui-ci me déclare son admiration pour ma lampe torche qui l'avait fasciné pendant la descente. Je la lui ai donc offerte
avec grand plaisir.
Deux jours de transport dans cet état, une nuit dans un hôtel sur la route de
Serdo, une
cuisinière de l'hôtel qui m'apporte dans ma chambre une salade de fruits choisis qui sera ma première alimentation
conservée depuis 3 jours et à l'approche d'
Addis-Abeba, j'arrive enfin à m'asseoir. Gabriel me
dépose chez un médecin de la capitale (qui me dit que tout va bien), puis à l'
Hôtel Ghion
et je me débrouille pour trouver un billet d'avion sur Genève.
Et voilà ce que j'ai raté