Tifernine en furie – avril 2002
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Mercredi 3 avril
Départ par Marseille prévu le lendemain à 11 heures. J'anticipe le soir et on couche dans la voiture sur l'aire d'autoroute de Montélimar .
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Jeudi 4 avril
Johann trouve qu'il y a trop de bruit dans la voiture et il finit sa nuit sur l'autoroute. Arrivée sans problèmes. Traversée sur le Carthage.

Vendredi 5 avril
Arrivée à Tunis de bonne heure. Douanes impeccables, bistrot après Kairouan . Marché à Gafsa . Nuit à l'auberge de jeunesse de Taleb Larbi .

Samedi 6 avril
Descente cool. Interception par l'armée à 100 km au sud de Gassi Touil . Nuit sous les projecteurs. Le chef de poste nous aime et nous donne des pommes et du jus de fruit.

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Dimanche 7 avril
Hassi Bel Guebour , Les 4 chemins , pique-nique sur le reg. Jo prend le manche pour 20 km dans les graviers de la piste d' Amguid . Première dune. Bivouac simple et plat, dans une grande plaine, derrière un léger cordon.

Lundi 8 avril
Beau couloir en lumière du matin, découvert du flanc d'une dune. Les bords commencent à monter. Hésitation avant de plonger. Début splendide, recherche de cailloux, puis fech-fech de référence. Denis me tourne autour pour voir si ça me rappelle quelque chose. Léger chahut à la fin du corridor. Grand gassi avec oasis grise au centre.

La trace se complique et nous devrions être plus à l'est, derrière une muraille sans défaut. En fin d'après-midi, Denis escalade un entonnoir puis des escaliers mous. Je le rattrape à pied et on rentre pour le bivouac. Premier échec pour suivre la « trace » de Pascal. Bivouac en arrivant dans un gassi. Belle flèche. 3 perles. Une hirondelle visite le Land et insiste pour y passer la nuit.

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Mardi 9 avril
Le gassi nous écarte du projet. Je tente une escalade trop tôt. Échec. Denis nous trouve un beau plan incliné et on saute un cordon de 100m. Deuxième cordon de 150m.

Arrivée dans un gassi sauvage, 2 gazelles se sauvent en face pendant notre descente du sif. Quelques rochers jaunes. Quand on creuse, le sable a 3 couleurs : Orange blanc et jaune.

Beaucoup de fech-fech. Des barkhanes nous y poussent. Le gassi est assez long. Le vent forcit, les nuages se pressent. Quelques gouttes. Cordon de 80 m. Denis en reconnaissance trouve un magnifique plateau de grande dimension, bords ovalisés, pierre claire.

Les difficultés augmentent. Nous sommes constamment rejetés à l'ouest de la trace. On parvient difficilement au sommet d'un grand escalier. Longue reconnaissance à pied avec Denis et Johann. On avance sans savoir vraiment si ça sort.

Bivouac au sommet d'un grand plateau de sable, avant une descente qu'il serait impossible de remonter.
Nuit agitée. Jo se fait chasser de sa tente par le vent, et abandonne en début de nuit.

Mercredi 10 avril
J'ai mal dormi. Le soleil est de retour. Je prends une bouteille d'eau et je pars pour 3 h de reconnaissance à pied. La passe espérée hier n'en n'est pas une. L'accès au gassi derrière est vertigineux et le reste n'est qu'entonnoirs géants.

Je suis seul. Très seul. J'ai le sentiment de traîner les autres (Denis était le seul à faire des reconnaissances et il a abandonné). L'horizon est très fermé. Les cordons latéraux font 400 m et ceux à franchir en font 200.

Le retour est déjà très inquiétant. Jo me rejoint par un sif. Bref échange. Je décide de rentrer pendant qu'il est encore temps.

Premier problème, l'escalier d'hier n'est pas praticable. Je pars à droite vers les entonnoirs. Les montées sont impressionnantes, mais ça porte. Je vise un sif et découvre un entonnoir. Jo part à pied pour une grande traversée, il m'appelle et deuxième entonnoir.

Vu d'en haut Jo le trouve bon. Je descends au fond pour le convaincre et on repart à gauche dans les escaliers mous. Ça passe du bout des doigts. Tout petit gassi. On se retrouve au pied d'un mur.

La conversation évolue insidieusement sur les avantages du téléphone satellite. La prise d'élan est bonne, mais c'est du sable à 30° qui s'effondre. Je me jette à fond, il manque 20 m. Je vise une petite demi-lune moins haute, mais plus raide. Youpi, j'ai passé le train avant. Je finis le cul aux plaques et je m'arrache de la cuvette.

Les autres approchent. Papé saute dans la cuvette et sort par le côté. Denis le suit et laboure la cuvette. Raymond attaque de bon cœur et saute le sif à côté de la trace. Le bouclier en a pris un coup. Ouf !

Le gassi suivant est petit. Je cherche une sortie sud-est, mais sans succès. Il reste une grosse barrière de 150 m. La descente avait été impressionnante, mais finalement, elle se remonte bien, presque jusqu'en haut. Les 30 derniers mètres sont infranchissables.

Je me rappelle qu'à l'aller, j'ai vu des plats au SE, je vais faire une visite. Le vent forcit et la visibilité est nulle. Après plusieurs échecs, Denis trouve la bonne demi-lune au diable vauvert. Et on rejoint l'axe par des petits creux inquiétants. La dernière barrière n'est pas haute, 20 m, mais uniforme.

Denis, qui a perdu son échappement, nous fait un concert au fond d'une vallée. Raymond lâche la cavalerie et passe. Je tente le coup, car ça a l'air vraiment mou et la prise d'élan dans la deuxième partie est nulle.

Je passe le train avant et il me finit à la corde. Denis s'approche à 3 m du sif et on le tire à 2. Papé sans conviction nous laisse 8 m pour le tirer. On se met à 3 sur plaques et on l'arrache du trou, roues braquées à fond comme s'il ne voulait absolument pas nous rejoindre.

Ouf ! Il est 18 h 20 et les 4 voitures ont passé le plus gros obstacle. Le ciel est gris, le vent agressif et la visibilité nulle. On retient Denis de justesse avant qu'il ne reparte en descente SE. On décide de coucher là. Je suis de tambouille et sans courage, mais il faut y aller.

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Jeudi 11 avril
Petit déj' grisouilleux. Le moral est meilleur, on va s'en sortir. Le vent lève un brouillard digne de Valsorey . On commence par dire qu'on va attendre plusieurs jours s'il le faut et vers 9 h 30 on ne tient plus et on entame la descente. Tout baigne, et c'est facile.

Arrivé dans le gassi, on y voit que dalle. Je me fais prendre par 2 plaques de Fech. Denis me tire à la corde, mais mésentente, il s'arrête et je m'enroule la corde autour de l'essieu.

La conduite de frein est naze. Coup d'adrénaline, car sans freins dans ces pentes, ça va être dur. Conciliabules. J'ai l'impression que mes collègues me parlent avec la même gentillesse qu'on réserve aux mourants.

Raymond sort une panoplie complète du bricoleur. Scie à métaux, poinçons, marteau. On décide de couper et de reformer la coupelle au burin. 2 h plus tard, au premier serrage (ferme mais pas trop !) le circuit est étanche.

Brain storming sur la purge et ses interférences avec l'ABS. Ce n'est pas le pied, mais au troisième coup de pédale, ça freine.

Le moral remonte. Le temps est exécrable, la visibilité nulle. Après un clin d'œil à Jo, on décide de naviguer aux instruments. On s'enferme sous clim' et la suite ressemble plus à un jeu vidéo qu'à un itinéraire dans l'Erg.

Mon nouveau GPS 176C me restitue un tracklog fidèle à 15 m et j'ai un volant pour superposer l'Active Track en rouge et celle de l'historique en bleu ciel. On n'a plus aucune idée de l'environnement au-delà de 30 m. Tout à coup, un waypoint apparaît à l'écran.

On se questionne, ça ne peut pas être un bivouac, pourtant il y a un détour manifeste. Léger flottement dans la direction. À 30 m du désastre, je me rappelle du Fech dans le grand corridor. Les difficultés s'estompent. Je m'inquiète encore d'un souvenir d'entonnoir, mais après ceux que j'ai fréquentés ces jours-ci, je ne le vois pas passer.

Mon désir de fuite est tel que je tente de sortir complètement de l'Erg. Le vent est fort, il lève une poussière démente. Au passage d'une flaque de gravier, je stoppe pour le bivouac.

Champagne, cailles au foie gras, la fête est belle. Je trouve même une nouvelle méthode pour la purge des freins, c'est quasi impeccable.

Nous sommes installés dans le sable, mais à deux doigts d'une petite irrigation touffue et on la voit peu à peu s'animer. Des bestioles, couleur sable (évidemment), font des aller-retour à fond la caisse entre l'herbe sèche et nos pieds. C'est super inquiétant, car on ne les connaît pas. J'apprendrai plus tard que ce sont des solifuges, relativement inoffensifs.

Vendredi 12 avril
Nuit terrible. L'orage a éclairé l'erg toute la nuit, la pluie a chassé les clients de la belle étoile. La pluie est rentrée à l'avant de la voiture et m'a niqué mon convertisseur 5V, qui m'a niqué mes fusibles : plus de GPS, plus de PC. Cet Erg ne veut vraiment pas de moi. On fait le point.

La Kanfoussa ne tente personne, il est trop tard pour faire le tour de Tifernine et raccorder le projet sur Isaouane . Le temps est pourri depuis 4 jours. Il faut remonter et perdre du temps dans le Grand Erg Oriental . La piste ensablée, les 3 forts, le gassi Mignotte , rien ne me tente : je veux rentrer chez moi et vivre quelques jours sans adrénaline. Denis ne veut perdre aucun jour de vacances et il n'est pas revenu en Algérie depuis 9 ans. Nous nous séparerons au-dessus de Gassi Touil .

Samedi 13 avril
On tente de longer l'erg à la recherche de la trace de 93, esquissée en 99 avec Alexandro. C'est pourrâve. On renonce à l'approche de la falaise, pour trouver juste à l'ouest la piste coloniale pavée dans le sable.

Pique-nique sur le reg, divagations caillouteuses. On repasse devant les militaires des 4 chemins hilares qui nous demandent si les vacances sont finies. Goudron. Bel Guebour . On se sépare.
Jo me réclame des photos devant l'erg. Je le mitraille. Repas frugal à Hassi Messaoud . Premiers téléphones. On roule non-stop. On discute des bateaux. Je penchais pour mercredi, mais celui de dimanche semble accessible. On tente. 3 h de repos après Gafsa .

Dimanche 14 avril
Départ à l'aube. Mais à Tunis , pas de bateau aujourd'hui. Il est reporté à lundi pour le rallye. Peu d'espoir de places avant mercredi. Je tente un bateau pour Trapani en Sicile , mais l'info était fausse, c'est un Naples en 20 h et hors de prix. Déjeuner en terrasse. Repas de poissons. On tente le Cap Bon pour se distraire.

Du mal à trouver la route, trop de maisons moches, au moment où ça s'arrange, on manque de se faire voler par deux ados qui ouvrent la porte arrière. On s'engage dans la descente d'une belle falaise.

En se garant Jo me montre un type à côté de nous qui découpe tranquillement les caoutchoucs de fenêtre de la voiture d'à côté. On ne le dérange même pas. On se sauve dans un cul-de-sac. Retour penaud à Tunis , Hôtel de la Jetée. Re restau de poissons.

Lundi 15 avril
Dès 11 h je tente de m'enregistrer. Facile. Liberté, quand tu nous tiens. Chargement pénible. Il y a deux bateaux cul à cul et une répartition des véhicules du Rallye.

Deux voleurs sur le quai attrapés par la police locale (Aïe aïe aïe !). Un journaliste russe du rallye dans un Defender tout neuf me complimente sur mes porte plaques. Voyage avec une cargaison de baroudeurs en mal de reconnaissance, animé par deux minettes à l'orchestre.

Mardi 16 avril
Marseille à l'heure. Villard
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