Le texte est haché par de nombreuses coordonnées GPS, qui ont maintenant perdu leur valeur. Mais ce
n'était pas du tout le cas à cette époque. J'en ai un peu atténué le graphisme pour ne pas tout gâcher.
Samedi 17 décembre
9 h 07, on est partis dans une espèce de précipitation, les bagages ont été durs à faire et on verra au fil
des jours si tout était dedans. On a lâché Martine sur le balcon par -5 °C et on lui fait des signes avec un
peu de buée dans le pot d'échappement et peut-être même un peu ailleurs.
⏯️
clip vidéo de l'époque
Il est 2 h 15, dit une petite voix, et on arrive au port de Gênes, il y a des nuages et… voilà. Sur
l'autoroute, au carrefour Turin – Milan, on a mangé une double dose de spaghettis bolo, c'était super.
Panique au chargement du Habib : il n'y aura pas de place pour tout le monde. Éric et surtout Roland sont
tendus. Ouf, tout le monde rentre quand même. Les marins m'ont logé en haut et il faut 2 personnes pour
fléchir les suspensions et ne pas arracher l'antenne GPS.
⏯️
Bivouac après Kairouan
Dimanche 18 décembre
Arrivée avec 1 h de retard, sortie classique. Éric et Alain sont déjà mis à part dans la file 5 avec les
autochtones. Y aurait-il un problème de look ?
Sandwich local épicé en attendant les autres à la sortie.
Salade mechouïa et méchoui / couscous à
Bouficha
. Oranges et clémentines.
Sortie de route pour bivouac
(35 30.248 N / 10 04.138 E)
après
Kairouan
.
Bivouac après
Kairouan
18/12/94
(35 30.414 N / 10 05.535 E)
le long d'une haie d'eucalyptus.
On est un peu près des baraques, il faudrait coucher un peu avant.
Lundi 19 décembre
Beau lever de soleil dans la haie d'eucalyptus. Belle journée. Dattes à
Gabès
(Mmmhhh !). On roule non-stop jusqu'à
Tataouine
où on déjeune à la station d'essence (…). Déchargement du quad et de la XR. Premier contact avec le
gouvernorat vers 14 h 30 pour obtenir l'autorisation de pénétrer en zone militaire.
Il faut retrouver notre dossier ouvert il y a 10 jours par le fax de Denis. L'office du tourisme a donné son
accord ce matin même (ouf) et l'autorité militaire aussi. On a tout recopié dans un grand formulaire. On l'a
rendu pour qu'il soit traduit en arabe, puis dactylographié. Notre interlocuteur ne voulait pas s'engager
pour nous donner le papier ce soir. Denis lui a offert quelques chocolats et cigarettes. Le papier était
fini et tamponné à 17 h 15.
17 h 25, départ de
Tataouine
à la nuit tombante.
Chenini(32 54.595 N / 10 15.639 E)
.
On attaque la piste cailloux, il fait nuit noire, on va questionner les copains pour voir ce qu'ils veulent
faire.
Carrefour pris à droite
(32 53.167 N / 10 13.599 E)
. Grosse borne repeinte
Ksar Ghilane
.
Fausse note, on avait perdu Denis et Muriel, ils ont fini par faire une boucle autour de pancartes pas
claires, c'est Michel le motard qui est retourné les chercher et les a ramenés. Moi, je m'étais posté sur
une montagne et Jean-Paul sur une autre avec les phares au ciel, mais on s'en est sortis sans ça. Quelques
rumeurs circulent sur Denis-LA-FORCE…
Bivouac au pied d'une bosse 19/12/94
(32 53.918 N / 10 02.897 E)
assez calme, pas protégé du vent (Simon nous l'avait bien dit !).
⏯️
Johann se lâche sur la moto de Pierre-Louis
Mardi 20 décembre
Jolie matinée, un peu fraîche quand même.
Petite bosse avec une cabane
(32 53.608 N / 9 55.839 E)
.
Johann essaie la moto 80 cc de Pierre-Louis.
Premiers essais du quad dans le sable sur de pauvres petites dunes qui ont eu le tort d'être les premières
rencontrées.
Fameuse bifurcation du pipeline
(32 54.592 N / 9 45.005 E)
.
Colonne Leclerc
(32 58.579 N / 9 39.049 E)
.
On visite la piscine de l'oasis envahie par les cabanes à touristes. Il a plu il y a 1 semaine. Le sable est
sec sur 10 cm puis humide sur 10 cm. Très bonnes conditions qui facilitent la traversée du 1er cordon.
Chacun doit faire sa trace. Éric se plante le 1er. Kiki le suit rapidement. Bonne humeur. Roland qui est
resté dans la trace arrive le 1er au fort et revient fièrement voir ce qui se passe à moto.
On est au fort, le bar du « Hilux vert » ouvre pour son 1er apéro. Pique-nique. Un petit vent se lève et
forcit lentement. Pierre-Louis essaie sa moto et crève la roue avant. Johann l'essaie aussi.
Coin du fort
(33 00.512 N / 9 37.011 E)
.
On remonte la grande piste après le fort et rapidement, on cherche à en sortir plein ouest pour longer l'erg
au nord jusqu'à un couloir repéré sur la photo aérienne.
Début de piste assez merdeux
(33 00.744 N / 9 34.857 E)
trace sud-ouest.
Trace de voiture pas trop ancienne.
Trace plutôt nord
(33 00.225 N / 9 34.104 E)
.
C'est de nouveau une trace toute droite dont on ne sait pas trop que faire.
Bonne piste plein ouest
(33 01.122 N / 9 33.196 E)
.
Après un cordon
(33 00.890 N / 9 30.075 E)
plantages.
Le vent forcit, c'est assez désagréable.
Bivouac 20/12/94
(33 01.022 N / 9 28.002 E)
au pied d'un petit cordon.
Grand feu bien sympa, tout le monde rigole. Ramassage du bois en voiture avec la corde.
Mercredi 21 décembre
Bivouac assez froid, fort vent, température 4,5 degrés. Ce matin re-feu, mais froid, très belle lumière, le
vent revient lentement, il était complètement tombé cette nuit.
⏯️
Éric s'amuse
Matinée saute-mouton. Plusieurs petits cordons à franchir, puis un plus long. Le taux de plantage augmente.
La dune tunisienne, basse mais dense, nous présente son fil à retordre. J'attends longuement les collègues
au sommet d'une bosse. Michel le motard arrive exténué. Débandade. La trace est labourée. Denis va se perdre
au nord. On se regroupe enfin pour descendre dans la cuvette au sud de la bosse et pique-niquer tardivement.
Au sud d'un joli petit caillou
(32 59.570 N / 9 24.400 E)
pique-nique.
Remise en route difficile. On tire légèrement nord pour abréger certaines souffrances.
Bivouac 21/12/94
(33 00.059 N / 9 20.434 E)
.
Michel en a marre du sable. Il a fini l'après-midi sur le quad… et Roland est fatigué. Il me demande un
traitement de choc pour une douleur au genou qui le fait boiter. Muriel lui sort un calmant. Il n'est pas
content : son cas lui semble plus grave.
Jeudi 22 décembre
Roland boite bas. Il me redemande un médicament. Je lui donne un anti-inflammatoire. Son Hilux a une roue
crevée, je lui demande de réparer, car nous sommes au début d'une journée et d'un voyage. Il le fait, mais
me dit ensuite qu'il ne peut pas continuer ce voyage qui est trop dur. Il doit penser au petit qui est très
fatigué…
On décide de rejoindre la piste directe sur
Douz
qui passe à 6 km au nord. Jonction sans problème.
Carrefour de la piste est de
Djebil(33 06.763 N / 9 11.741 E)
.
Je continue seul avec Kiki et Roland jusqu'au « virage gauche » où je lâche Roland pour 12 km nord et 32 km
ouest. Il est fébrile, incapable de rentrer le point de
Douz
dans son GPS. Nous nous donnons rendez-vous pour le 29 ou le 30 au Sahara Douz. Nous rattrapons les autres
partis pour
El Ghirane
.
⏯️
1er essai du quad
⏯️
Le Def' en plein labeur
Pique-nique aux retrouvailles avant le 1er piton.
Passage au piton de la vipère et double plantage du Defender dans 2 half-pipe pris en travers. On repique
dans la plume plein sud. Épisode de Muriel en marche arrière dans son entonnoir.
Bivouac 22/12/94
(32 59.203 N / 9 11.009 E)
.
Pour préparer un grand feu, je pars en quad avec Johann pour chercher du bois et c'est lui qui me rattrape
alors que je partais à l'opposé du bivouac…
Vendredi 23 décembre
Départ un peu tardif, beau soleil, un peu plus chaud cette nuit.
Hier dans la fin de l'après-midi entre le piton et le bivouac, on a traversé un léger cordon avec pas mal de
creux, devant, on commence à voir se dessiner les cordons et en principe, il y a des flaques d'herbes.
Essais de quad pendant que les Hilux labourent la trace.
Limite est d'une flaque d'herbe
(32 58.782 N / 9 10.959 E)
avec du dur.
Petite transition assez facile en la prenant depuis la droite, les couloirs sont bien orientés.
On prend pied dans un gassi
(32 58.529 N / 9 10.953 E)
par le N.-E., comme sur la photo.
Quelques traces
(32 57.605 N / 9 10.035 E)
.
Joli petit cordon, tout fin et arrondi
(32 56.001 N / 9 08.503 E)
pris plutôt sur la gauche.
Ça passe tout seul, ça met beaucoup d'ambiance. On a vu le plateau de
Djedariet
droit devant nous, c'est un tout petit encombrement.
Derrière un petit cordon
(32 55.477 N / 9 08.097 E)
Arrivée sur le plateau de
Djedariet(32 55.281 N / 9 07.874 E)
, il y a encore un petit peu de sable.
On vient de se faire un petit cordon, mais juste pour l'ambiance et préparer l'apéro.
Le plateau de
Djedariet
est en cailloux, avec quelques dunettes de sable, de sol inégal.
Arrivé sur le plateau, Johann voit un départ de gazelle à droite.
Au pied S.-E. de
Djedariet(32 52.508 N / 9 06.745 E)
Nous montons sur la montagne d'où la vue est infinie. Un petit buisson vert est couvert de petits bouts de
laine ou fils noués sur les branches. Un Berbère apparaît en haut lorsque nous sommes redescendus. Il siffle
puis s'approche avec circonspection. Il parle bien français et nous explique qu'il attend avec 4 chameaux le
passage d'une caravane de touristes et qu'ils rejoindront la source chaude au sud-ouest de
Tin Souane
pour la nuit de Noël.
⏯️
Jean-Paul se défoule
Je lui explique notre projet de rejoindre
Dékamis
et de franchir le grand cordon. Il est incrédule. Je lui montre la photo aérienne et le GPS. Il reste cloué.
Il ne comprend pas l'absence d'un guide tunisien. Il semble d'après Papé que le lot de touristes sera
conduit par Bernezat.
Au S.-O. du bitard qui est à l'est
(32 52.813 N / 9 07.341 E)
.
Jean-Paul fait l'acrobate en quad à la montée et à la descente.
J'ai roulé avec le frein à main, eh eh, comme disait l'autre. Ça n'arrange pas mon stress de la panne
d'embrayage que je traîne depuis le voyage en Libye de novembre.
Je suis sur une minibosse
(32 52.800 N / 9 08.503 E)
.
Petit col
(32 52.814 N / 9 09.274 E)
.
Belle bosse pour un bivouac 23/12/94
(32 52.953 N / 9 09.994 E)
. Bosse tabulaire dont la tête est légèrement incurvée avec du sable tout autour, on a la vue partout, le
soleil s'est couché derrière le plateau de
Djedariet
et on a maintenant les 2 plateaux et la bosse en plein dans l'éclairage, c'est superbe.
Alain qui est en manque de volant se défoule sauvagement sur le quad et tourne à fond autour de nous. C'est
peut-être moi qui sans le connaître, lui ai refusé de prendre son Hilux lorsque Kiki m'a demandé d'emmener 2
copains.
Grand feu de camp allumé avant le dîner. Fondue moite-moite léchée par les Caissarguais jusqu'à la dernière
goutte.
Il faut dire que nous leur avions installé un panneau indicateur pour situer leur ville sainte. Cette idée
saugrenue nous est venue en voyant le désarroi de Kiki, chaque soir à l'installation du bivouac. Mais où est
Caissargues, réclamait-il avant toutes choses. J'ai donc placé un carton au bout d'un bâton, avec une flèche
et la mention Caissargues, et je prenais le cap au GPS avant de le planter au milieu du bivouac.
Samedi 24 décembre
Quelques nuages au lever du soleil.
On retrouve quelques traces
(32 53.194 N / 9 10.989 E)
.
On a été repoussés au nord par une petite pointe de cordon, on a un peu de mal à faire du sud, on devrait
faire un cap 120 et tout à l'heure, j'étais sur un cap 8.
Au nord d'une petite pointe de cordon
(32 52.485 N / 9 13.003 E)
.
Les choses se précisent, ça commence à être assez inquiétant. On plonge dans un creux en dur bien marqué de
petite dimension où un bivouac est tout préparé avec des tas de bois triés par taille.
On attaque la dune
(32 52.322 N / 9 13.424 E)
. On a déjà monté un petit col, on va bifurquer un peu à droite.
On voit le gassi tout petit
(32 52.052 N / 9 13.524 E)
, la sortie semble assez sud.
On a passé le petit col sud
(32 51.617 N / 9 13.365 E)
.
Pique-nique
(32 51.275 N / 9 13.274 E)
.
On est un petit peu trop sud, il faut qu'on fasse plein est, on essaie depuis le fond, mais on n'est pas sûr
que ça passe, ça passerait mieux depuis le début du gassi.
⏯️
le calvaire de Pierre-Louis
Gros effort pour arriver dans un gassi
(32 51.458 N / 9 13.620 E)
, on va contourner par l'est.
Virage vers le couloir sud
(32 52.100 N / 9 14.845 E)
.
On croise un troupeau de chameaux de 25 bêtes, on reprend un cap 203.
Gassi qui bifurque
(32 51.235 N / 9 14.297 E)
, on prend la branche de gauche.
On s'attaque au cordon
(32 50.479 N / 9 14.446 E)
par des faux-plats montants sportifs. Pierre-Louis vit un vrai calvaire à moto.
Bivouac de Noël 24/12/94
(32 50.127 N / 9 14.221 E)
Très joli coucher de soleil, dunes roses, petit gassi.
Soirée de Noël assez kitsch, avec petite salade d'endives et noix fraîches, civet de cerf, Côtes du Rhône et
Beaujolais-Villages, sangria, champagne, etc. Je pose des lampions entre les voitures, nous nous faisons
des cadeaux. Papé reçoit une casquette multicolore qu'il ne quittera plus, sauf un matin, où elle est restée
collée par le givre au hayon du Hilux.
Kiki reçoit une boîte de cigares qui tombe fort à propos puisqu'il a déjà épuisé ses réserves de tabac. Le
standing du Papé s'améliore du même coup, car il n'avait emmené qu'un timbre de nicotine pour arrêter de
fumer. Il pourra maintenant taper Kiki d'un Schimmelpenninck au lieu d'une vulgaire Marlboro. Johann est
angoissé, car je n'ai pas distribué les cadeaux de Roland et Michel.
Dimanche 25 décembre
Petites ondulations
(32 49.293 N / 9 14.020 E)
.
D'une manière générale, le gassi est très très facile, bien délimité à l'est, avec une face abrupte qui doit
faire 30 à 40 mètres de haut et un peu plus doux, mais aussi haut à l'ouest.
Changement de gassi
(32 48.977 N / 9 13.681 E)
par une petite bosse agréable.
Fond dur, toujours que de petites dunettes rikiki.
Changement de gassi
(32 48.326 N / 9 13.230 E)
, petites dunettes faciles.
On suit des traces de chameaux.
Changement de gassi
(32 47.602 N / 9 13.263 E)
un peu plus violent.
Le caméscope a pris un sacré valdingue.
Joli rayon de soleil.
Changement de gassi
(32 46.448 N / 9 12.696 E)
facile à cause de la pluie.
Fausse route, le gassi d'avant, on l'abandonne, on en prend un meilleur en reculant un peu.
Début du passage de Jean-Paul
(32 46.689 N / 9 12.943 E)
. Hard si le sable était sec.
Il me semble que le passage dès le début du gassi est plus cool, mais pas exploré.
Arrivée dans un gassi
(32 46.346 N / 9 13.317 E)
après une difficulté, ça s'ouvre S.-O.
Carrefour
(32 45.827 N / 9 13.078 E)
. On prend l'ouest (droite pour nous).
Gassi circulaire
(32 45.403 N / 9 12.089 E)
. Il nous restera toujours le cordon à sauter, on recule d'1,5 km.
Départ du saut
(32 45.700 N / 9 13.000 E)
.
Saut du cordon
(32 45.619 N / 9 13.027 E)
un peu en force.
Ça passerait mieux en attaquant le cordon 200 m un peu avant.
Arrivée sur le plateau de
Dékamis(32 45.215 N / 9 13.261 E)
, pique-nique vite fait sur le pouce, champ de bosses, mais pas trop violent.
La pression du grand cordon commence à se faire sentir. Nous sommes partis enthousiastes vers
Dékamis
, mais il est maintenant évident que la souricière s'est fermée. Il faut franchir le cordon ou le longer sur
40 km.
On se fait chier sur des bosses
(32 43.785 N / 9 14.828 E)
sur le plateau.
Ce n'est pas très méchant, les gassis sont avec des gros cailloux, ils sont tout petits, il y a beaucoup
d'herbe, on approche lentement des montagnes. Je penche à l'ouest d'un petit bitard où j'avais l'intention
de grimper pour y voir plus clair, et c'est la mauvaise option. Je m'enterre dans des mous profonds.
Séquence plaques et Cric'Air (que je crève en plus). Le moral descend comme la météo.
À 200 m d'une bosse au sud d'une autre
(32 42.225 N / 9 15.958 E)
. Je domine un certain nombre de plateaux dans lesquels on devrait zigzaguer, il y a pas mal de bosses et de
cordons autour de nous, il va falloir trouver le bon passage.
On s'approche d'un cordon
(32 42.213 N / 9 16.519 E)
.
Sortie d'un petit cordon
(32 41.874 N / 9 16.962 E)
.
On s'est pris un bon gassi qui faisait un cap 140.
Un peu de champ devant nous
(32 39.960 N / 9 18.002 E)
, ça peut avancer.
Bivouac 25/12/94
(32 41.043 N / 9 19.026 E)
.
⏯️
souper glacial sous bâche
On est un petit peu paumés, il y a une pluie et un vent froid, on ne sait pas comment on va sortir.
On s'est fait chopper par la pluie qui nous courait après depuis un bon moment, on a roulé jusqu'à la nuit
en finissant plein phares, il n'y a plus de quartier pour ceux qui se plantent : ils doivent se démerder
seuls.
Le Patrol noir peut en témoigner. Après avoir reconnu l'emplacement du bivouac, je retourne chercher Éric et
Muriel qui pèlent dans la nuit sous la pluie depuis un moment.
On a monté la bâche en vitesse sous une pluie
battante, on a profité de 2 ou 3 accalmies pour monter 2 ou 3 tentes, on a bouffé debout autour de 2 tables
avec la pelle à neige au milieu pour tenir la bâche, on est allé se coucher vite fait en grelottant.
Lundi 26 décembre
Grosse averse la nuit, le sable ce matin est mouillé d'environ 2 cm, ciel gris, avec quelques petits rayons
de soleil tout à l'heure. Le couvercle s'est remis, on va voir ce qui se passe.
Horreur : le pastis a gelé
et maintenant, il est rempli de paillettes insolubles… Autant dire foutu aux yeux des spécialistes.
Tout le monde s'est relevé cette nuit pour mettre des affaires à l'abri. Jean-Paul qui était parti en quad
pour trouver un coin tranquille a mis sa parka sur l'arrière du quad, sa tête dessous et sa mousse sur son
sac de couchage.
Puis, grand soleil, toutes les voitures sont givrées, la bâche est gelée dur, en carton, on repart avec
relativement le moral : la pluie et le gel ont considérablement réduit les difficultés de franchissement.
Il
nous reste 15 km à faire pour atteindre le gros cordon libérateur, en ce moment, je roule dans une petite
plaine avec presque pas de sable, les dunes sont au bord, on a trouvé une trace de scraper avec un gros pneu
de camion.
(32 41.281 N / 9 20.276 E)
.
C'est assez agréable, la chaleur est revenue, il y a beaucoup de traces, on avait cette nuit un chien qui
nous braillait dans les oreilles.
Le sable est trempé sur 3 ou 4 cm et le premier cm est gelé carton, assez bizarre, les dunes résonnaient au
talon.
Très jolie partie de saute-moutons
(32 42.370 N / 9 22.298 E)
.
Très beau soleil, mais quelle angoisse, on ne passe que parce que c'est mouillé, si ç'avait été sec, on
laissait les bagnoles sur place.
Plateau avec gassi
(32 41.986 N / 9 25.350 E)
, petites dunettes 1,5 m.
Très mouillé, très facile.
On se présente devant du sable
(32 41.275 N / 9 27.382 E)
.
On cherche une passe, c'est un premier cordon, peut-être pas le grand.
Nous y sommes. Le mur est très réel, le couloir qui devrait le longer est très encombré. Une première
attaque improvisée échoue.
Je monte sur un cordon latéral qui s'appuie sur le grand à mi-hauteur. De minicouloirs se dessinent en
diagonale et les entonnoirs s'empilent en escalier. Je fais une reconnaissance en quad trop optimiste pour
un Defender. Jean-Paul nous trouve le bon axe en diagonale. J'arrive en haut de justesse, certain que les
autres ne monteront pas. Papé arrive puis les autres. Il ne reste que la traversée horizontale et la
descente.
⏯️
Quel délice, cette descente après un tel effort
Je me replante sévèrement sur un dévers mou. On est sortis. Je dévale la pente à toute allure, je choisis un
petit creux, Johann m'aide à installer la table, les fauteuils et le champagne. Nous accueillons les autres
affalés les pieds sur la table. Tous les sourires s'étalent. On trinque, on rigole, on sèche le camping plié
gelé ce matin, c'est le bonheur…
Sortie du cordon à
Bab el Messène(32 40.416 N / 9 29.486 E)
. Champagne.
Le pique-nique traîne un peu, on décide de repartir au sud en longeant le cordon, d'abord vers
Bir Aouïne
, puis
El Borma
.
Traces bien marquées vers le S.-O.
(32 38.201 N / 9 32.821 E)
.
Bivouac 26/12/94
(32 33.224 N / 9 30.670 E)
.
Jeux de sable pour ceux qui sont déjà en manque, plantages. Éric et Alain, électriciens professionnels,
cherchent éperdument les veilleuses du Patrol qu'ils ont perdues dans le sable. Papé se déchaîne à la corvée
de bois, il s'attaque à un tronc soi-disant mort et m'offre un beau spectacle en ombre chinoise sur le
crépuscule.
On voit 4 petites lampes et une grosse cap 220. Papé les voit se rapprocher. La carte le lendemain ne nous
laisse qu'une hypothèse : le terrain d'aviation de
Kamour
?
Mardi 27 décembre
Dès le départ, Éric fait l'effort de se planter le premier comme s'il avait une tradition à respecter. Les
autres s'y collent aussi sous le fallacieux prétexte de l'aider. La journée est lancée.
Piste qui longe le grand cordon
(32 29.686 N / 9 30.812 E)
.
On se tient à 1 ou 2 km en général, le plateau est très plat, à peine quelques passages de sable, la piste
est de plus en plus marquée, elle fait un très bon cap, elle semble aller direct sur
Bir Aouïne
.
La piste longe toujours le cordon, on aperçoit une montagne plein ouest. Nous verrons depuis
Bir Aouïne
qu'il s'agit de montagnes tabulaires en cônes tronqués, nombreuses dans la poche de
Bir Aouïne
.
(32 23.800 N / 9 31.544 E)
.
Grande piste bien raclée
(32 20.950 N / 9 32.728 E)
vers le sud-ouest.
En route vers
Bir Aouïne(32 20.592 N / 9 23.451 E)
, très joli décor.
Succession de grandes plaines, le cordon a disparu, quelques montagnes tabulaires très blanches, le bas de
la plaine dans l'ensemble est bien vert sombre, la piste est blanche, les traces hors-piste sont ocres.
Pique-nique sous le fort de
Bir Aouïne(32 24.812 N / 9 18.543 E)
.
2 h de formalités, notre autorisation n'a pas été visée ni à
Kamour
ni à
Remada
, les militaires ne sont pas contents et ne peuvent pas croire que nous ne sommes pas passés à
Kamour
, ça fait des histoires, le chef de
Remada
est consulté. On nous offre le thé et le choix de sa couleur avant de nous relâcher.
Carrefour
(32 18.291 N / 9 29.316 E)
, ça semble s'en aller vers
El Borma
.
Nous ne sommes pas encore tous décidés à poursuivre sur
El Borma
, nous revenons un peu au nord 1 km avant la fin du cordon.
Bivouac du 27/12/94
(32 19.948 N / 9 31.380 E)
.
Mercredi 28 décembre
Un berger apparaît le matin. Il prononce quelques mots de français, mais ne semble pas en connaître le sens.
Petits cadeaux. On se chauffe ensemble autour du feu, mais en silence. Départ sans un mot.
⏯️
Jean-Paul régale la jeunesse
Sur la piste entre
Bir Aouïne
et
El Borma
, c'est une petite piste secondaire avec quelques traces, on se rapproche des montagnes, là, je viens de
passer un tout petit cordon dunaire, mais pratiquement sans toucher le sable.
Tout petit cordon dunaire
(32 16.790 N / 9 34.704 E)
.
C'est le matin, très belle lumière de décembre, un temps ravissant et une ambiance formidable. Jean-Paul
traîne Johann et Pierre-Louis dans les dunes.
Arrivée sur le pipeline
(32 15.178 N / 9 38.465 E)
, 2 tubes d'oléoducs posés sur le sol. La piste que nous trouvons est meilleure que les traces que nous
suivions jusqu'à maintenant, mais ce n'est qu'une piste secondaire qui ne va pas tarder à s'encombrer sur 40
km.
Un peu de chahut
(32 00.639 N / 9 34.557 E)
La piste sort de la zone de canyons et rejoint une vraie trace de scraper bien large, par contre, elle
s'éloigne du cordon que nous voudrions rejoindre, ne sachant pas exactement où est
El Borma
.
On cherche la piste qui nous emmènerait au sable
(31 57.719 N / 9 33.814 E)
.
Je suis en train de m'engager dans une vieille merde infâme entre 2 tas de cailloux pleine de sable, mais
c'est la seule piste qu'on trouve plein ouest.
Montagne tabulaire ensablée
(31 52.453 N / 9 36.177 E)
, pique-nique au col nord.
On prend la décision démocratique (5 contre 1 : Kiki qui s'inquiète de son niveau de gasoil) de continuer au
sud sur 30 km pour essayer de trouver
El Borma
. On laisse quad et moto pour les reprendre en passant. Quelques km plus loin, nous tombons sur le chef de
la garde nationale d'
El Borma
, très aimable, circulant en Pajero, qui ne nous demande ni passeports ni autorisations, et nous indique que
nous pouvons circuler où bon nous semble, qu'
El Borma
est à 70 km et que nous pourrons y trouver du gasoil.
On arrive à un carrefour avec la piste
Remada – El Borma
qui est une très grande piste, hyper roulante selon la formule consacrée.
Casemate désaffectée
(31 50.746 N / 9 45.727 E)
, piste hyper large.
Entrée dans les dunes et pipeline
(31 45.274 N / 9 30.237 E)
, petite cabane « GIP ».
Piste en cailloux tremblotante, dunettes généralisées, couleur chocolat au soleil couchant, on continue à
s'enfoncer en zigzag dans les cordons. Nombreux trous de fech-fech.
Barrière d'entrée dans la zone pétrolière
(31 41.022 N / 9 15.429 E)
.
Militaires sympathiques et accueillants, les formalités sont presque rapides, tout baigne.
Le soleil décline et les lumières sont formidables.
Station d'essence Agip d'
El Borma(31 41.415 N / 9 12.613 E)
, prix élevé 0,53 contre 0,31 à
Tunis
.
Apparemment, il faut l'autorisation de la garde nationale pour avoir de l'essence.
La
Tunisie
a 154 puits en moyenne à 2400 m et les Algériens sont à la dune d'à côté à moins d'un km, ils ont des puits
aussi, et maintenant, ils ont leur propre pipeline.
Bivouac du 28/12/94
(31 42.407 N / 9 22.287 E)
sur le retour.
Émotions lors du choix du bivouac : en pleine nuit, il paraît que je n'aurais pas choisi le meilleur passage
pour atteindre la cuvette douillette qui nous accueille : en représailles, certains font du sitting sur
quelques passages, peut-être un peu mous.
Jeudi 29 décembre
Beau départ dans les méandres des cordons de dunes sculptés par le soleil levant. À l'entrée de la zone de
canyons, nous perdons 2 voitures et un quad : Jean-Paul nous refait le coup de la fuite en avant, suivi
d'Éric et de Muriel. Beaucoup de temps perdu, mais peu d'angoisse lorsque nous trouvons 2 traces de quad,
celle d'hier et celle d'aujourd'hui. Retrouvailles 40 km plus loin, assaisonnées « d'explications ». Nous
n'avons de ce fait pas exploré une piste plus confortable qui partirait 5 km après le carrefour de la
séparation, passant sur les plateaux nord, pour rejoindre la poche de
Bir Aouïne
.
Nous continuons la remontée par la même piste qu'à la descente. Gonflé à 2 kg, je pince un pneu arrière qui
sera foutu. En repartant, dans un passage de sable et de grandes herbes vert tendre, j'éparpille un troupeau
de 20 gazelles bien blanches. Course folle, j'arrête le Defender lorsqu'il commence à sauter plus haut
qu'elles…
Pierre-Louis crève à son tour. Tentative de réparation à la bombe. Abandon. Kiki recharge le 80 sur son
Hilux. Forcing en hors-piste pour rejoindre la douche de
Ksar Ghilane
que nous atteignons à la nuit tombante. Pas de bois pour le feu. Nous lançons une campagne d'arrachage
d'arbustes de 40 cm avec Kiki et sa nouvelle corde souple (celle de Roland). Il y aura quand même du feu
jusqu'à 1 h du matin.
Bivouac à la douche de
Ksar Ghilane
.
Vendredi 30 décembre
Jean-Paul s'est lavé hier soir par un temps glacial. Je me lave avec Jo, Pierre-Louis et Cécile après avoir
attendu et aidé un Berbère qui chargeait une caravane d'eau : 2 chameaux, 4 ânes, des bidons plastique, des
guerbas et des chambres à air. Les autres ont trop froid pour se laver. Un magnat du tourisme de
Douz
pose ses « collaborateurs » pour préparer un bivouac de la Saint-Sylvestre dans les dunes derrière la
douche. Ils repartent à
Ksar Ghilane
en prenant la piste qui file droit aux dunes puis bifurquent à droite assez rapidement.
Il semble que la piste directe soit là, nous on va attraper une trace qui nous emmène au pipeline et
rentrer. 3 km de hors-piste très encombré. Je fais le con sur toutes les bosses et finis par me pendre au
sommet d'une touffe d'herbe. Papé me tire alors que je n'ai pas vu que mon réducteur n'était pas enclenché.
Ça m'a probablement incurvé la barre de direction. Dès l'arrivée sur la piste du pipeline, au 1er nid de
poule, mon train avant fait le grand écart et j'ai vraiment du mal à arrêter le Defender en restant sur la
piste. Réparation de fortune par les Caissarguais avec vérin hydraulique et sangles à cliquets. Je continue
lentement, puis normalement.
Piste du pipeline
(32 52.122 N / 9 44.540 E)
, 300 m au sud d'une grande antenne.
Champagne et pique-nique au carrefour
Douz
Pipeline. Beaux passages de fech-fech au soleil sur une piste fraîchement raclée. On retrouve Roland et
Michel à
Douz
comme prévu. Ils ont visité les hammams de
Tozeur
et
Djerba
, comme en février 94. Couscous au carrefour
Kébili - Tozeur
dans
Kébili
. Hésitations avant de reconnaître la « concession de Simon ».
Concession de Simon à Kébili
(33 48.912 N / 8 43.468 E)
, départ bord de route.
Samedi 31 décembre
Chargement du quad, vague à l'âme de Johann qui voit « son » engin ficelé sur le Hilux. Divagations du guide
à
Gafsa
. Déjeuner pèlerinage à El Fedj, moins savoureux que ce printemps…
Arrivée à
Tunis
, Hôtel Amilcar vers 18 h 30.
Réveillon à
La Goulette
. Je gâche les vacances de Jo (11 ans) en l'empêchant d'accompagner ceux qui partent en boîte.
Dimanche 1er janvier
Départ sur le Liberté vers 12 h. Beau temps, mais mauvaise météo. Nous sommes détournés à l'est de la
Sardaigne et la Corse
: 7 h de retard.
Lundi 2 janvier
À 19 h 30, on est à Marseille et on va bientôt sortir du bateau. Le bateau, ça nous a gavés. Au revoir
chaleureux, dans un Mistral glacé : mais oui, c'est possible ! En route à 20 h.
Mistral dément jusqu'à
Valence
. Neige, accident sous mon nez à
Grenoble
. L'autoroute n'est qu'une glace blanche et à la bifurcation du contournement, une bagnole coupe le passage
d'une autre et les 2 partent en vrille. Le gasoil tunisien paraffine dès
Chambéry
. Fin de voyage style
Bérézina
en première dans les montées, car le Def, fin gelé avec ce gasoil pourri, n'en peut plus. Arrivée à 2 h 15.
Simon qui a pris l'Habib ce jour-là met 42 h pour la traversée.