Jean De Lafontaine, qui n'était jamais bien loin, nous a rédigé une fable sur le thème du chapeau de
Manette...
Le Chapeau, le Foulard et les crab claw.
Un jour que nos deux grands, las d’être en équipage,
Boudaient les vieux parents et leurs longs paysages,
Nous partîmes gaîment, d’un pas presque léger,
Avec les deux cadets qu’il fallait promener.
Vers l’Irlande aux prés verts, aux vents pleins de malice,
Aux B & B douillets, aux thés couleur réglisse,
Bercés par les voix claires des Mulroney Sisters,
Nous prîmes l’air marin, les pulls et les mystères.
Burren montrait ses rocs, rudes comme sentence,
Moher dressait ses murs au-dessus du silence,
Le Connemara gris, sous ses cieux de roman,
Nous lavait les souliers, les cœurs et les vêtements.
Pour donner à nos deux jeunes personnes
Un goût d’aventure où l’on s’abandonne,
Je dis : « Choisissez donc, chacun selon son vœu,
Un présent limité, mais libre, et même un peu. »
L’un, sans perdre un instant, fit choix, chose étrange,
D’un bon tas de cailloux, trésor que rien ne change.
Il les lançait, joyeux, par la vitre au chemin :
Son bonheur tenait là, dans le creux de sa main.
L’autre, plus délicate, ou plus philosophique,
Pratiquait le grand art du choix mélancolique.
À chaque pauvre menu, son cœur restait transi :
« Fish and chips ? Crab claw ? Ou bien Fish and chips ? Mais si… »
À Clifden, nouveau drame : un chapeau magnifique
Lui faisait les yeux doux d’un air presque magique.
Mais tout près, un foulard, d’un charme non pareil,
Venait brouiller soudain la raison et le ciel.
« Le chapeau est très beau… Le foulard est fort tendre…
Faut-il prendre celui qu’on voit, ou bien l’attendre ? »
Ainsi parlait Manette, et le temps s’écoulait ;
Le chemin continuait, le choix se défilait.
Puis vint le Connemara, sa pluie inoubliable,
Qui rendit chaque lande humide et respectable.
Trempés comme des moutons mais riches de vertus,
Nous revînmes à Clifden, pleins d’espoirs défendus.
Le chapeau était là, le foulard l’accompagnait ;
Le dilemme, insolent, toujours nous regardait.
Alors, pour dénouer l’affaire avec panache,
Je fis ce qu’un bon père assez faible ne cache :
« Prenons donc les deux objets, et que le sort se taise ;
La moitié du cadeau, je la mets à ma chaise. »
Ainsi fut décidé, dans un élan très beau,
Que j’achetais, ce jour-là, la moitié d’un chapeau.
Depuis trente-cinq ans, sans contrat ni notaire,
Je possède en secret cette part vestimentaire.
Et quand Manette hésite, entre deux biens charmants,
Je souris sous mon coin de chapeau, doucement.
Morale
Quand deux petits riens font briller un visage,
Le sage prend les deux… puis partage l’usage.
Car un cadeau choisi par le cœur, sans discours,
Vaut bien plus qu’un chapeau : c’est un morceau d’amour.